Tao Te King 38

Etude comparée des traductions de Tao Te King de Lao-Tseu. 
Cette page a cette particularité de permettre une étude comparée de quelques versions du même chapitre. 
L'objectif est de montrer la diversité, la richesse et l'ouverture possible.

38. 

Interprétation proposée par Pascale

Le sage est vigilant à ce qui le motive.
Sans cesse il prend garde à ne pas se laisser aller aux apparences, à ne pas confondre ses objectifs et les moyens d'y parvenir. 
Ainsi les pratiques sont les moyens de se centrer, de se reconnecter à ses références internes comme au grand Tout. 
Mais l'objectif n'est pas d'être pratiquant. 

Idéogrammes


Chapitre XXXVIII - Stanislas Julien 

(1842 > taoteking.free.fr )

Les hommes d'une vertu supérieure ignorent leur vertu ; c'est pourquoi ils ont de la vertu.
Les hommes d'une vertu inférieure n'oublient pas leur vertu ; c'est pourquoi ils n'ont pas de vertu.
Les hommes d'une vertu supérieure la pratiquent sans y songer.
Les hommes d'une vertu inférieure la pratiquent avec intention.
Les hommes d'une humanité supérieure la pratiquent sans y songer.
Les hommes d'une équité supérieure la pratiquent avec intention.
Les hommes d'une urbanité supérieure la pratiquent et personne n'y répond ; alors ils emploient la violence pour qu'on les paye de retour.
C'est pourquoi l'on a de la vertu après avoir perdu le Tao ; de l'humanité après avoir perdu la vertu ; de l'équité après avoir perdu l'humanité ; de l'urbanité après avoir perdu l'équité.
L'urbanité n'est que l'écorce de la droiture et de la sincérité ; c'est la source du désordre.
Le faux savoir n'est que la fleur du Tao et le principe de l'ignorance.
C'est pourquoi un grand homme s'attache au solide et laisse le superficiel.
Il estime le fruit et laisse la fleur.
C'est pourquoi il rejette l'une et adopte l'autre.

38- Stephen Mitchell 

(1988 > > tao-te-king.eu )

Le Maître ne court pas après le pouvoir ; ainsi est-il vraiment puissant.
L’homme ordinaire est tendu vers le pouvoir ; ainsi n’en a-t-il jamais assez.

Le Maître ne fait rien, mais ne laisse rien d’inachevé.
L’homme ordinaire sans cesse fait des choses, mais il en reste toujours plus à faire.

L’homme bienveillant fait quelque chose, mais quelque chose demeure inachevé.
L’homme juste fait quelque chose, et laisse de nombreuses choses à faire.
L’homme moral fait quelque chose, et quand personne ne réagit, il retrousse ses manches et utilise la violence.

Quand le Tao se perd, il y a la bienveillance. Quand la bienveillance se perd, il y a la morale.
Quand la morale se perd, il y a le rite.
Le rite est l’enveloppe de la vraie foi, le début du chaos.

Ainsi le Maître s’occupe de la profondeur et non de la surface, du fruit et non de la fleur.

TRENTE-HUIT - Conradin Von Lauer 


L'homme de haute vertu est au-dessus de la vertu, c'est pourquoi il est vertueux.
L'homme de moindre vertu, se dit vertueux c'est pourquoi il ne l'est pas.
L'homme de haute vertu la pratique sans y penser.
L'homme de moindre vertu l'utilise pour atteindre un but.
Et pourtant il ne l'atteint pas.
Le véritable homme de bien agit sans avoir de raisons de le faire.
L'homme de justice agit car il a des raisons de le faire.
L'homme qui se conforme au rites agit et veut les imposer par la force.
Ainsi, si l'on oublie le Tao, il reste la vertu. 
Si l'on se détourne de la vertu, il reste la bonté.
Lorsque la bonté est perdue, il reste la justice.
Lorsqu'on abandonne la justice, on recourt aux rites.
Or,
Les rites ne sont que l'apparence de la vérité et de la sincérité. 
Ils sont aussi l'amorce de la confusion.
La connaissance et l'intelligence ne sont pour le Tao que des fleurs sans parfum.
Elles sont souvent la source de l'erreur.
C'est pourquoi le Sage puise au tréfonds des choses sans s'arrêter aux apparences.
Il contemple le fruit plutôt que la fleur.
Il ignore l'une et cueille l'autre. 

XXXVIII - J. J. L. DUYVENDAK 


La Vertu supérieure ne fait pas valoir sa vertu ; c’est pourquoi elle a de la vertu.
La Vertu inférieure n’abandonne jamais sa vertu ; c’est pourquoi elle n’a pas de vertu.
La Vertu supérieure est inactive et sans aucune intention.
La Vertu inférieure est active et a des intentions.
L’humanité supérieure est active et sans aucune intention.
La justice supérieure est active et a des intentions.
La conduite rituelle supérieure est active, et, si l’on n’y répond pas, elle retrousse ses manches et joue des mains.
Donc : 
Si l’on abandonne la Voie, alors (on fait valoir) la Vertu. 
Si l’on abandonne la Vertu, alors (on fait valoir) l’humanité. 
Si l’on abandonne l’humanité, alors (on fait valoir) la justice. 
Si l’on abandonne la justice, alors (on fait valoir) la conduite rituelle.
En effet, la conduite rituelle est l’écorce mince de la fidélité et de la bonne foi, et le commencement du désordre. 
La connaissance prématurée n’est qu’une fleur superficielle de la Voie, et le début de la sottise.
C’est pourquoi le grand « adulte » s’en tient à ce qui est épais et ne s’arrête pas à ce qui est mince ; il s’en tient au noyau et ne s’arrête pas à la fleur.
Donc : il rejette cela et choisit ceci. 

38. Vladimir Antonov


Ceux représentant le Grand Te ne Se forcent pas à faire de bonnes actions: se comporter de bonne façon est naturel pour Eux.
Ceux qui sont loin de Te peuvent essayer de se forcer à exécuter de bonnes actions: la droiture nʹest pas naturel pour eux.
Ceux représentant le Grand Te nʹaspirent pas à lʹactivité au sein du monde matériel: Ils agissent dans lʹétat du non‐agir.
Ceux qui sont loin de Te vivent dans la vanité et agissent sous lʹinfluence de leurs passions. 
Dans lʹaspect spirituel de la vie, leurs activités se réduisent seulement aux rituels; mais la croyance dans la ʺmagieʺ des rituels signifie la dégradation de la religion! 
De telles personnes forcent également les autres à agir comme eux. 
Cela arrive seulement à ceux qui nʹont pas Tao dans leurs vies. 
On ne peut leur faire confiance; ils ont trahi Tao et peuvent trahir nʹimporte qui. 
Les sages qui ont connu Tao sont capables de différencier les gens par ces caractéristiques. 
Ils ne choisissent de communiquer quʹavec les personnes de bien.

38 - XXXVIII - 1 - 2 - 3 - 4 


XXXVIII - 1 - La suprême Vertu est sans vertu ; c'est pourquoi elle est la Vertu. 
La vertu inférieure est attachée aux vertus, c'est pourquoi elle n'est pas la vertu.
XXXVIII - 2 - La suprême Vertu n'agit pas, et n'a pas de raison d'agir. 
La vertu inférieure agit par elle-même; elle a des motifs pour agir. 
L'humanité supérieure agit par elle-même sans mobiles.
L'équité supérieure agit par elle-même avec des raisons pour agir.
La civilité supérieure agit par elle-même ; et lorsqu'elle n’obtient pas la réciprocité, elle s'efforce de s'imposer par la contrainte, mais elle est rejetée.
XXXVIII - 3 - C'est pourquoi lorsque le Tao fut délaissé, il y eut la vertu ; la vertu perdue, il y eut l'humanité; après la perte de l'humanité, il y eut l'équité; après la perte de l'équité, il y eut la civilité.
Or la civilité n'étant que l'apparence de la droiture et de la sincérité, elle est cause de désordre.
XXXVIII - 4 - Le savoir n'est qu'ornement du Tao et commencement de l'erreur. 
C'est pourquoi le Sage s'attache au réel et rejette les apparences; il s'intéresse au fruit plutôt qu'a la fleur; il laisse ceci et saisit cela.

UQN TTK38

Interprétation proposée par Eric 
Dao To Jing 38

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